Nouvelles d'Ukraine (suite)

Le 25 janvier 2015

Bonjour,

Voici un nouvel article sur l'Ukraine où cela ne va pas très fort en ce moment. Nous avons longuement bavardé hier soir avec le fils de Lina qui habite Mélitopol et le vent n'est pas à l'optimisme.

Je ne sais pas si je te l'avais dit mais mon livre "Pravda de Babouchka" est sorti aux éditions "Elan sud", on peut le trouver en librairie ou  chez Amazon ou à la FNAC.

J'espère que tout va bien dans la Drôme et j'en profite pour présenter à tous mes voeux les meilleurs pour 2015 et longue vie à l'association "Drôme-Ukraine".

Amicalement

Jean Dherbey

 

Nouvelles d’Ukraine,

Le vent n’est pas à l’optimisme, les bruits de bottes se font à nouveau entendre, si tant est qu’ils n’aient jamais cessé !

Les « séparatistes », dont l’essentiel de l’effectif est composé de volontaires russes, militaires aguerris, équipés par « le grand frère » en armes modernes veulent, avec la bénédiction de Poutine, réaliser la jonction terrestre entre le Dombass et la Crimée.

Marioupol, le grand port (500000 habitants) sur la mer d’Azov est le premier objectif. Ensuite ce sera Berdansk, Mélitopol et plus rien n’empêchera la jonction. Il reste tout de même 300km à parcourir, mais l’offensive peut aussi partir de Crimée (il suffit de consulter une carte pour s’en rendre compte).

L’Europe, trop occupée par les attentats extrémistes et les élections en Grèce, se désintéresse de tout cela et Poutine, en vieux renard machiavel, profite de l’occasion.

Sur place, les informations qui nous arrivent sont de première main et ne transitent pas par la radio ou les réseaux sociaux, les habitants font le dos rond et tentent de continuer à vivre dans des conditions de plus en plus dures. La monnaie locale est de 20 pour 1 euro et fluctue sans arrêt (elle était de 10 en 2013).

Les salaires n’excèdent pas, pour les meilleurs, 150 euros par mois et le coût de la vie alimentaire (la viande notamment) est pratiquement le même que chez nous !

Pour soutenir l’effort de guerre, des impôts nouveaux apparaissent. Par exemple, le dernier en date concerne les matériels obsolètes (comme les ordinateurs) que l’on souhaiterait revendre : on doit auparavant acquitter une taxe de 20% environ, non pas sur le prix de vente, mais sur le prix d’achat neuf ! Ce qui signifie qu’un objet acheté 1000 euros et n’en valant plus que 100, sera en réalité vendu 300, puisque que l’on aura payé 200 euros de taxe.

Les habitants de ces régions de l’est sont psychologiquement très fatigués, s’attendant à tout moment à voir arriver les chars russes, aspirant seulement à la paix et n’étant pas prêts à donner leur vie pour un Etat qui part en déliquescence, malgré les efforts louables du nouveau pouvoir.

Il est très improbable d’attendre un sursaut patriotique, vu la lassitude de la population qui est déjà en mode survie depuis longtemps. Le travail se fait rare et chacun revient aux bonnes vieilles méthodes du passé. Les plus chanceux qui peuvent le faire, se préparent à partir si la menace se précise. Les autres, la majorité, se dit que Ukrainiens ou Russes cela ne changera guère leur quotidien puisque la corruption de l’époque Ianoukovitch l’année dernière, n’a pas diminué cette année.

Les seuls arguments qui retiennent encore Poutine sont relatifs aux réactions internationales et aux sanctions qui affectent sérieusement l’économie, mais on peut douter que cela retienne encore longtemps la machine, alimentée par des ambitions, des haines et des douleurs, qui risque de s’emballer à tout moment.

Nous pouvons toujours espérer dans la sagesse des hommes, mais cela reste très relatif et parfaitement sujet à caution !

Jean Dherbey

Mis à jour (Samedi, 28 Mars 2015 10:57)